Tu croises quelqu'un. Tu as quatre secondes et aucune idée de quoi faire. Presque tout le monde règle ça de la même façon, en regardant ailleurs et en s'en voulant pendant un pâté de maisons.
Deux textes internationaux répondent à ça, par les deux bouts. L'un est un guide de terrain écrit pour des gens sans formation. L'autre est une résolution de l'Assemblée générale. Ils convergent sur la même consigne, et ce n'est pas celle qu'on attendrait.
Demander. L'OMS écrit que même quand le besoin paraît évident, il faut toujours demander à la personne de quoi elle a besoin et ce qui la préoccupe. Se présenter, demander si on peut aider, et accepter le non comme une réponse complète. Ne pas pousser, ne pas juger, ne pas promettre. Et l'ONU, de son côté, demande aux États de combattre les stéréotypes et la discrimination qui visent les personnes sans abri.
La consigneLa question qu'on ne pose pas
Le guide des premiers secours psychologiques de l'OMS a une phrase qui règle l'essentiel de la gêne. Elle est écrite pour les situations de crise, et elle s'applique exactement ici :
« Bien que certains besoins puissent être évidents, comme une couverture ou des vêtements pour une personne dont les vêtements sont déchirés, demandez-lui toujours de quoi elle a besoin et quelles sont ses préoccupations. »
Et ensuite : « Définissez avec la personne ce qui est le plus important pour elle à ce moment précis, et aidez-la à exprimer ses priorités. »
Lis bien la première : l'OMS choisit délibérément un exemple où le besoin paraît évident, des vêtements déchirés, pas de couverture, et dit demande quand même. Ce n'est pas de la politesse. C'est la reconnaissance qu'une supposition extérieure sur la priorité de quelqu'un est le plus souvent fausse.
La séquenceComment aborder
Le guide donne un ordre, et il est court.
Et si la personne ne veut pas parler. Le guide dit clairement que c'est normal, pas un échec : ne pas pousser les gens à raconter ce qu'ils ont vécu, rester présent, leur faire comprendre qu'on est là. Il ajoute une ligne qui vaut d'être emportée : « ne parlez pas trop ; le silence aussi est important. »
L'autre listeCe qui blesse
Le même guide énonce ce qu'il ne faut pas faire. C'est presque entièrement de la retenue plutôt que de l'action.
- Ne pas pousser la personne à raconter son histoire.
- Ne pas toucher la personne si on n'est pas sûr que le geste est approprié.
- Ne pas juger ce qu'elle a fait, n'a pas fait, ou la manière dont elle se sent.
- Ne pas faire de fausses promesses ni donner de faux espoirs.
- Ne pas raconter à d'autres l'histoire que quelqu'un vous a confiée.
- Ne pas parler des gens de façon négative, le guide donne « fou » et « dingue » comme exemples.
La dernière ligne est l'endroit où les deux textes se rejoignent. La résolution de l'ONU encourage les États à combattre les stéréotypes et la discrimination qui visent les personnes sans abri, et à lutter contre la stigmatisation par la sensibilisation. Un mot employé dans une conversation est la plus petite unité de ce travail.
La résolution dit aussi que le fait d'être sans abri constitue un affront à la dignité humaine. Le mot place l'offense du côté de la situation. Pas de la personne qui s'y trouve.
La limiteTa sécurité est dans la consigne
Rien dans ces deux textes ne demande de se mettre en danger, et le guide le dit à l'intérieur de la consigne plutôt qu'en note de bas de page.
Éloigner une personne d'un danger immédiat « si vous pouvez le faire en garantissant votre propre sécurité ».
Et quand quelqu'un est en profonde détresse, la consigne du guide est de veiller à ce qu'elle ne reste pas seulece qui peut vouloir dire rester, ou appeler quelqu'un dont c'est le métier.
S'il y a un danger immédiat, le geste utile est le numéro d'urgence de l'endroit où tu te trouves. Pas l'improvisation.
Au-delà de la rencontreSi tu veux faire plus que passer
La résolution énumère ce qu'elle demande aux États de fournir. Lue comme une liste de besoins plutôt que comme une liste de devoirs, c'est une carte correcte de l'endroit où un effort atterrit vraiment.
- Les besoins de première nécessitéla résolution nomme explicitement la nourriture et les articles d'hygiène.
- Des soins de santé accessibles et abordables, en notant que les personnes sans abri sont souvent exposées aux maladies transmissibles.
- Un soutien psychosocial et de santé mentale, proposé à plus grande échelle, avec sensibilisation et lutte contre la stigmatisation.
- De l'aide à la recherche d'un logement, un enseignement et une formation, des conseils en matière d'emploi, des services de garde d'enfants, des services alimentaires et de traitement des traumatismes.
- L'inclusion numériquela résolution exhorte à réduire la fracture numérique « surtout des personnes sans abri », et c'est celui auquel presque personne ne pense.
Son but déclaré pour tout ceci est de briser le cycle de la pauvreté et du sans-abrisme intergénérationnels, avec une attention particulière aux familles, aux femmes et aux enfants exposés à la violence. C'est l'échelle de la chose. Une conversation sur un trottoir ne la règle pas, mais la façon dont cette conversation se passe est la seule partie que chacun de nous contrôle directement.
Il n'existe pas de ligne d'écoute mondiale, et les numéros changent d'un pays à l'autre. Deux repères valent partout.
S'il y a un danger immédiat, compose le numéro d'urgence de ton pays.
Sinon, Find A Helpline répertorie plus de 1 700 lignes d'écoute gratuites et confidentielles dans plus de 175 pays. Tu choisis ton pays, il affiche ce qui existe près de chez toi, avec les horaires. Le site lui-même est en anglais, mais les lignes qu'il indique sont locales.
Ce n'est pas une recommandation clinique. C'est le seul annuaire international qui déclare vérifier ses données auprès des organismes eux-mêmes et les tenir à jour quotidiennement.
QuestionsQuestions fréquentes
Faut-il donner de l'argent ?
Aucune source internationale ne tranche cette question, et nous ne la trancherons pas non plus. Ce que dit le guide de l'OMS est autre chose, et c'est plus utile : demande toujours à la personne de quoi elle a besoin, même quand le besoin te paraît évident. La réponse t'appartient ensuite, mais elle sera au moins fondée sur ce qu'elle a dit, pas sur ce que tu as supposé.
Comment aborder quelqu'un sans être intrusif ?
Le guide de l'OMS donne une séquence courte : aborder de manière respectueuse et comme la culture de la personne l'exige, se présenter en donnant son nom, et demander si on peut l'aider. Cette troisième étape est une question, pas une annonce. Si la réponse est non, elle est complète.
Qu'est-ce qu'il ne faut surtout pas faire ?
Le guide de l'OMS est explicite : ne pas pousser la personne à parler, ne pas la toucher si on n'est pas sûr que le geste est approprié, ne pas juger ce qu'elle a fait ou n'a pas fait, ne pas faire de fausses promesses, ne pas raconter son histoire à d'autres, et ne pas parler des gens de façon négative, il donne en exemple les mots « fou » et « dingue ».
Et si la personne ne veut pas parler ?
C'est prévu, et ce n'est pas un échec. Le guide écrit qu'il est important de ne pas pousser les personnes à raconter ce qu'elles ont vécu, et que ce qui compte est de rester présent et de leur faire comprendre qu'on est là si elles veulent parler. Il ajoute une phrase qui vaut pour toutes les situations : « ne parlez pas trop ; le silence aussi est important ».
Est-ce que je risque quelque chose ?
Le guide pose la limite lui-même : il n'invite à éloigner quelqu'un d'un danger immédiat que « si vous pouvez le faire en garantissant votre propre sécurité ». Ta sécurité n'est pas une considération secondaire dans ce texte, elle est écrite dans la consigne. En cas de danger, le geste utile est d'appeler les secours de ton pays, pas d'intervenir.
Est-ce que regarder ailleurs fait vraiment du mal ?
L'ONU place la question à ce niveau-là. Sa résolution 78/172 encourage les États à « combattre les stéréotypes et la discrimination qui visent les personnes sans abri », et à lutter contre la stigmatisation par la sensibilisation. Elle écrit aussi que le fait d'être sans abri « constitue un affront à la dignité humaine ». Ce sont des mots choisis, et ils ne visent pas la personne assise par terre.
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Sources
- Les premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain, OMS, War Trauma Foundation et World Vision International, 2011
- Résolution A/RES/78/172 de l'Assemblée générale des Nations unies (2023), texte français
À propos de cet article. Information générale et éducative. Les gestes décrits viennent d'un guide de l'Organisation mondiale de la santé destiné à des personnes sans formation en santé : ce n'est ni une méthode d'intervention professionnelle, ni une consigne de sécurité. Aucune source internationale ne dit s'il faut donner de l'argent, et nous ne le disons pas non plus. En cas de danger immédiat, le numéro d'urgence de ton pays passe avant tout le reste.
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