La phrase sonne comme un paradoxe, ou comme un slogan. Elle n'est ni l'un ni l'autre. C'est une mesure, et trois organismes internationaux différents la prennent dans trois domaines différents.
Le mécanisme est toujours le même : le service est identique, le prix ne l'est pas, ou le prix est identique et l'accès ne l'est pas.
La santé : 3 personnes sur 4 parmi les plus pauvres subissent des difficultés financières à cause des frais de santé, contre moins de 1 sur 25 parmi les plus riches.
L'argent : envoyer de l'argent à sa famille coûte en moyenne 6,36 % du montant, à des gens qui envoient de petites sommes. La cible de l'ONU est sous 3 %.
L'assiette : une alimentation saine coûte 4,28 dollars PPA par jour, et 2,69 milliards de personnes ne peuvent pas l'atteindre.
DéfinitionCe que la phrase affirme vraiment
Elle n'affirme pas que les personnes pauvres dépensent plus en valeur absolue. Elles dépensent évidemment moins. Elle affirme que pour la même chose, elles paient un prix plus élevéou paient le même prix et se retrouvent exclues.
Ce qu'on ne va pas chiffrer. Les versions quotidiennes de ce mécanisme, compteurs d'énergie payés d'avance, crédit cher, assurance tarifée au code postal, courses en petits formats, sont réelles et bien documentées, mais pays par pays. On n'a pas pu les rattacher à une source internationale datée, donc on ne leur met aucun chiffre. Ce qui suit est seulement ce qui est mesuré à l'échelle mondiale.
L'écart le plus largeLa santé : dix-neuf fois plus souvent
L'Organisation mondiale de la santé suit ce qu'elle appelle les difficultés financières causées par les dépenses de santé payées de sa poche, le moment où payer des soins abîme le reste de sa vie.
Mets les deux côte à côte et le rapport est d'environ dix-neuf pour un. Pas le montant dépensé, la probabilité qu'un frais de santé démolisse le foyer.
À l'échelle mondiale, l'OMS compte 2,1 milliards de personnes en difficulté financière à cause des frais de santé en 2022, dont 1,6 milliard vivant dans la pauvreté ou enfoncées plus loin dedans. Elle relève aussi que les populations rurales sont touchées environ 14 % plus souvent que les urbaines.
Le cas le plus purL'argent : 6,36 % pour déplacer son propre salaire
Celui-ci est la démonstration la plus nette, parce que le service est strictement identique quel que soit l'acheteur : déplacer de l'argent d'un pays vers un autre.
La Banque mondiale tient un observatoire des prix qui couvre 367 corridors, de 48 pays d'envoi vers 105 pays de réception, et elle précise qu'elle suit des montants relativement petitsc'est-à-dire les sommes qu'un travailleur envoie à sa famille.
« Globalement, envoyer un transfert de fonds coûte en moyenne 6,36 % du montant envoyé. » C'est la formulation de la Banque mondiale elle-même, sur des données mises à jour le 18 août 2025.
Et les Nations unies ont une cible là-dessus, l'objectif de développement durable 10.c : « D'ici à 2030, faire baisser au-dessous de 3 % les coûts de transaction des envois de fonds effectués par les migrants et éliminer les circuits de transfert de fonds dont les coûts sont supérieurs à 5 %. »
Une cible sous 3 %, c'est une déclaration officielle que 6,36 % est trop élevé.
Personne disposant d'un gros compte et d'une agence bancaire ne paie ce taux pour déplacer de l'argent. La surprime n'est pas cachée dans les petites lignes : c'est le chiffre principal, et une cible internationale existe précisément parce qu'il n'a pas baissé tout seul.
La troisième formeL'assiette : quand le prix tient et l'accès non
La surprime ne prend pas toujours la forme d'un prix plus élevé. Parfois le prix ne bouge pas et la chose sort simplement de portée. La FAO mesure exactement ça.
Ça coûte ce que ça coûte, la dépense minimale moyenne nécessaire pour manger des aliments disponibles localement qui couvrent les besoins en énergie et la plupart des besoins en nutriments :
Deux directions à la fois, et les deux sont vraies. Le nombre de personnes ne pouvant pas s'offrir une alimentation saine a baissé, de 2,97 milliards en 2021 à 2,69 en 2025. Et le coût de cette alimentation a augmenté sur la même période. Un progrès sur un axe n'annule pas la pression sur l'autre, et ne rapporter que la moitié encourageante serait le mensonge facile ici.
Ce qui en découleCe que ça change quand on veut aider
L'intérêt de mesurer tout ceci n'est pas de noircir le tableau. C'est que la surprime indique où atterrit un effort.
- Le même euro pèse plus vers le bas. Là où 3 foyers sur 4 sont démolis par une facture de santé plutôt que 1 sur 25, la même somme d'aide empêche dix-neuf fois plus de dégâts.
- Un frais n'est pas un détail. Sur 6,36 %, baisser le prix d'au moins cinq points économise, c'est le chiffre de la Banque mondiale, jusqu'à 16 milliards de dollars par an, sans un seul don.
- « Ils gèrent mal » ne survit pas aux chiffres. Aucun de ces trois écarts n'est une décision de dépense. Ce sont des prix et des conditions d'accès, fixés ailleurs, par quelqu'un d'autre.
Le dernier point est la raison d'être de cet article. La surprime n'est pas une conséquence de la pauvreté. C'est l'une des choses qui la maintiennent en place.
QuestionsQuestions fréquentes
Qu'est-ce que « la surprime de pauvreté » ?
L'idée qu'à service égal, une personne pauvre paie plus cher, ou se voit refuser l'accès. Ce n'est pas une impression : trois organismes internationaux la mesurent chacun dans leur domaine. L'OMS sur les frais de santé, la Banque mondiale sur les transferts d'argent, la FAO sur le coût d'une alimentation saine. Les trois mesures pointent dans la même direction.
Quel est l'écart sur les frais de santé ?
Il est de l'ordre de dix-neuf fois. En 2022, l'OMS relève que 3 personnes sur 4 parmi les plus pauvres ont subi des difficultés financières à cause des frais de santé, contre moins de 1 sur 25 parmi les plus riches. Au total, 2,1 milliards de personnes ont subi ces difficultés, dont 1,6 milliard vivant dans la pauvreté ou enfoncées plus loin dedans.
Combien coûte l'envoi d'argent à sa famille ?
En moyenne 6,36 % du montant envoyé, selon la Banque mondiale, qui suit 367 corridors entre 48 pays d'envoi et 105 pays de réception. C'est un service financier ordinaire, facturé à des gens qui envoient de petites sommes. L'ONU a fixé comme cible de descendre sous 3 % d'ici 2030, autrement dit, elle considère officiellement que le prix actuel est trop élevé.
Une alimentation saine coûte-t-elle plus cher aux pauvres ?
Le prix est le même, c'est l'accès qui ne l'est pas, et c'est la troisième forme de la surprime. La FAO chiffre le coût moyen mondial d'une alimentation saine à 4,28 dollars en parité de pouvoir d'achat par personne et par jour en 2025. À ce prix, 2,69 milliards de personnes, soit 32,7 % de l'humanité, ne peuvent pas se le permettre. En Afrique, c'est 66,6 %.
Est-ce que ça s'améliore ?
Par endroits, oui, et il faut le dire. La part de la population mondiale en difficulté financière à cause des frais de santé est passée de 34 % en 2000 à 26 % en 2022. Le nombre de personnes ne pouvant pas s'offrir une alimentation saine est passé de 2,97 milliards en 2021 à 2,69 milliards en 2025. Mais le coût de cette alimentation, lui, a augmenté, de 2,94 dollars en 2017 à 4,28 en 2025.
Et les surprimes du quotidien, crédit, assurance, énergie ?
Elles sont réelles et bien documentées, mais pays par pays, par des travaux nationaux que nous n'avons pas pu rattacher à une source internationale datée. Nous ne les chiffrons donc pas ici. Ce qui est mesuré à l'échelle mondiale, ce sont les trois écarts de cet article, et ils suffisent à établir le mécanisme.
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Sources
- Couverture sanitaire universelle, Organisation mondiale de la santé, 5 décembre 2025
- Remittance Prices Worldwide, Banque mondiale, mise à jour du 18 août 2025 (en anglais)
- Objectif de développement durable 10, cible 10.c, Nations unies (en anglais)
- L'État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, édition 2026, FAO (en anglais)
À propos de cet article. Information générale et éducative, à jour à la date indiquée. Les chiffres cités sont des moyennes mondiales publiées par des organisations internationales : ils décrivent une tendance d'ensemble, pas la situation d'un pays ni celle d'une personne. Les années de référence diffèrent d'une source à l'autre et sont indiquées à chaque fois.
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