Pendant des décennies, l'ordre n'était écrit nulle part, et tout le monde l'appliquait : d'abord tu te stabilises, ensuite tu es logé. Le traitement, puis le toit. L'abstinence, puis le bail.

Housing First fait l'inverse. Il remet les clés au départ, sans condition préalable liée à l'emploi, à l'usage de substances ou à l'inscription à un programme. Ce n'est pas un slogan, c'est la définition qu'en donne l'OCDE.

L'essentiel

L'OCDE fait état d'un large consensus appuyé sur des preuves solides selon lequel Housing First est une voie efficace et efficiente pour sortir du sans-abrisme. Des essais contrôlés randomisés montrent un meilleur maintien dans le logement que les services habituels. Aux États-Unis, chaque dollar investi rapporte 1,44 dollar d'économies. Et pourtant : la mise en œuvre reste limitée dans de nombreux pays de l'OCDE et de l'Union européenne.

L'ordre ancienL'escalier, et ce qu'il suppose

L'OCDE donne un nom à l'approche traditionnelle : le modèle en escalier. Sa définition est précise, des modèles qui subordonnent l'accès au logement à l'achèvement d'un suivi ou d'un programme de traitement.

Marche après marche : hébergement d'urgence, puis hébergement temporaire, puis logement accompagné, puis, si tout s'est bien passé, un logement à soi. Chaque marche se mérite.

Le présupposé, en dessous, est ce qui est intéressant. L'escalier traite le logement comme le résultat d'une stabilité. Il demande donc à la personne de devenir stable pendant qu'elle n'est pas logée, c'est-à-dire de faire la version la plus difficile de l'exercice.

Le gesteL'inversion

Housing First inverse la séquence. Le logement devient le point de départ, pas la ligne d'arrivée. L'OCDE parle d'un changement de paradigme important dans les politiques de lutte contre le sans-abrisme, un éloignement de la dépendance à l'hébergement d'urgence au profit de solutions de logement inconditionnelles et durables.

L'accompagnement ne disparaît pas. Il vient avec le logement plutôt qu'avant lui : l'OCDE décrit des services enveloppants accompagnant le logement inconditionnel.

Le mot qui travaille dans chaque phrase de l'OCDE là-dessus est inconditionnel. Pas généreux, inconditionnel. La différence, c'est qu'une condition peut être ratée.

Les preuvesCe qu'ont trouvé les évaluations

C'est ici que le sujet cesse d'être une affaire de philosophie. La phrase de synthèse de l'OCDE elle-même :

Large consensus, preuves solides

« Il existe un large consensus, appuyé par des preuves solides, selon lequel Housing First et les solutions fondées sur le logement constituent une voie efficace et efficiente pour sortir du sans-abrisme et accéder à la stabilité résidentielle. »

Et sur la méthode : « Une série d'essais contrôlés randomisés a montré que Housing First peut produire un meilleur maintien dans le logement chez les personnes en situation d'itinérance chronique, comparativement aux groupes recevant les services habituels. »

Des essais contrôlés randomisés, sur ce sujet, c'est rare et difficile à monter. Qu'ils existent, et qu'ils pointent dans le même sens, c'est la substance de l'affirmation.

1,44 $
d'économies pour chaque dollar investi dans un programme Housing First, aux États-Unis.
OCDE, Toolkit to Combat Homelessness, 2024
70 %
des économies mesurées en France viennent d'hospitalisations évitées ; 30 % d'un moindre recours aux structures d'hébergement.
OCDE, Toolkit to Combat Homelessness, 2024

Le programme français Un chez-soi d'abord coûte 14 000 euros par personne et par an. L'OCDE décrit ce coût comme entièrement compensé par les économies générées par rapport aux services traditionnels. Un essai randomisé du même programme a constaté une réduction des journées d'hospitalisation et une meilleure stabilité résidentielle pour des personnes vivant avec une schizophrénie ou un trouble bipolaire en situation d'itinérance.

L'OCDE rapporte également que Housing First constitue une allocation de ressources plus efficace que les services traditionnels au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, et pour les jeunes aux Pays-Bas.

Le cas longLa Finlande, quatre gouvernements de suite

La plupart des politiques sont essayées le temps d'un mandat. La Finlande tient celle-ci comme stratégie centrale depuis 2008, sur quatre programmes gouvernementaux successifs, tous engagés sur une stratégie visant à mettre fin au sans-abrisme d'ici 2027.

La mécanique vaut d'être notée, parce que c'est la partie sans éclat qui fait que ça marche : le ministère de l'Environnement coordonne, avec l'agence de financement du logement, le ministère des Affaires sociales et un centre de financement de la santé. Ils orientent des fonds vers des organisations du tiers secteur qui achètent des appartements sur le marché et les louent à des personnes en situation d'itinérance.

Ce qu'on ne dit pas. La Finlande s'est engagée sur une stratégie visant à mettre fin au sans-abrisme d'ici 2027, c'est une cible, pas un accomplissement, et l'OCDE la présente comme telle. Quiconque t'affirme que le sans-abrisme a été aboli quelque part va plus loin que la source.

La question qui gênePourquoi ça reste minoritaire

Si les preuves sont si solides et que le compte y est, la question évidente est : pourquoi n'est-ce pas la norme partout. L'OCDE la pose dans son propre résumé, et ne l'adoucit pas.

La phrase du résumé

« Malgré des preuves de meilleurs résultats et d'économies, la mise en œuvre de ces approches reste limitée dans de nombreux pays de l'OCDE et de l'Union européenne. »

Aux Pays-Bas, note l'OCDE, le modèle en escalier reste prédominantet le réseau national Housing First existe en partie pour plaider le changement.

L'obstacle n'est donc pas la preuve. C'est que l'inversion demande quelque chose d'inconfortable : donner un logement à des gens qui ne l'ont pas mérité au sens où l'escalier entendait ce mot. L'escalier n'a jamais été seulement une méthode. C'était aussi un ordre moral.

La version mesurée est plus courte. Deux approches ont été comparées. L'une maintient davantage de gens dans un logement et coûte moins cher dans la durée. C'est celle qu'on applique le moins.

Si tu as besoin de parler à quelqu'un maintenant

Il n'existe pas de ligne d'écoute mondiale, et les numéros changent d'un pays à l'autre. Deux repères valent partout.

S'il y a un danger immédiat, compose le numéro d'urgence de ton pays.

Sinon, Find A Helpline répertorie plus de 1 700 lignes d'écoute gratuites et confidentielles dans plus de 175 pays. Tu choisis ton pays, il affiche ce qui existe près de chez toi, avec les horaires. Le site lui-même est en anglais, mais les lignes qu'il indique sont locales.

Ce n'est pas une recommandation clinique. C'est le seul annuaire international qui déclare vérifier ses données auprès des organismes eux-mêmes et les tenir à jour quotidiennement.

QuestionsQuestions fréquentes

C'est quoi, Housing First ?

Une approche qui donne accès immédiatement à un logement de long terme, sans condition préalable liée à l'emploi, à l'usage de substances ou à l'inscription à un programme. L'OCDE la distingue explicitement des « modèles en escalier », qui subordonnent l'accès au logement à l'achèvement d'un suivi ou d'un traitement.

Pourquoi parler d'inversion ?

Parce que l'ordre habituel était : se stabiliser d'abord, être logé ensuite. Le logement était la récompense d'un parcours réussi. Housing First pose le logement comme le point de départ du parcours, pas comme son aboutissement. L'OCDE parle d'un changement de paradigme important dans les politiques de lutte contre le sans-abrisme.

Est-ce que ça marche ?

L'OCDE écrit qu'il existe « un large consensus, appuyé par des preuves solides », selon lequel Housing First et les approches fondées sur le logement constituent une voie efficace et efficiente pour sortir du sans-abrisme et accéder à la stabilité résidentielle. Elle ajoute qu'une série d'essais contrôlés randomisés a montré un meilleur maintien dans le logement chez les personnes en situation d'itinérance chronique, comparé aux services habituels.

Est-ce que ça coûte plus cher ?

Les évaluations citées par l'OCDE disent le contraire à moyen terme. Aux États-Unis, chaque dollar investi dans un programme Housing First produit 1,44 dollar d'économies. En France, le programme « Un chez-soi d'abord » coûte 14 000 euros par personne et par an, un montant que l'OCDE décrit comme entièrement compensé par les économies générées par rapport aux services traditionnels, dont 70 % viennent d'hospitalisations évitées.

Quel pays est allé le plus loin ?

La Finlande. Housing First y est une stratégie centrale depuis 2008, et quatre programmes gouvernementaux successifs se sont engagés sur une stratégie visant à mettre fin au sans-abrisme d'ici 2027. Le ministère de l'Environnement coordonne, avec plusieurs agences, le financement d'organisations du tiers secteur qui achètent des appartements sur le marché et les louent à des personnes en situation d'itinérance.

Si c'est si efficace, pourquoi n'est-ce pas partout ?

L'OCDE pose la question sans la contourner : « malgré des preuves de meilleurs résultats et d'économies, la mise en œuvre de ces approches reste limitée dans de nombreux pays de l'OCDE et de l'Union européenne ». Aux Pays-Bas par exemple, elle note que le modèle en escalier reste prédominant. L'obstacle n'est pas la preuve.

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