Le même rapport de l'ONU, publié le même jour par les mêmes cinq agences, contient deux courbes qui vont en sens inverse.

La faim recule, troisième année consécutive. L'obésité chez l'adulte augmente, l'anémie des femmes s'aggrave, et les progrès sur la nutrition infantile stagnent. Rien de tout ça n'est une contradiction, et la raison pour laquelle ça n'en est pas une est tout le sujet.

L'essentiel

L'obésité chez l'adulte est passée de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024contre une cible qui visait à en arrêter la progression d'ici 2025. L'anémie chez les femmes de 15 à 49 ans s'aggrave. 150 millions d'enfants de moins de cinq ans ont un retard de croissance, et seuls 30,8 % des enfants de 6 à 23 mois ont une alimentation minimalement diversifiée.

Le directeur général de l'OMS fait le lien : une alimentation saine reste inabordable pour une personne sur trois dans le monde.

Le paradoxeDeux courbes, un rapport

Mets les deux constats côte à côte et l'instinct est de soupçonner l'un des deux. Les deux sont mesurés, les deux sont dans le même document, et ils décrivent des choses différentes.

16,2 %
de prévalence de l'obésité chez l'adulte en 2024, contre 12,1 % en 2012, face à une cible visant à en arrêter la progression d'ici 2025.
FAO et quatre agences de l'ONU, SOFI 2026
7,8 %
de la population mondiale a connu la faim en 2025, contre 8,6 % en 2022.
FAO et quatre agences de l'ONU, SOFI 2026

Manger assez de calories et manger correctement ne sont pas la même mesure. Une personne peut sortir du décompte de la faim et rester, selon tous les autres indicateurs du rapport, mal nourrie.

Note à quoi le chiffre de l'obésité est comparé. Pas une ambition vague, une cible visant à arrêter la progression d'ici 2025. Le rapport la consigne comme manquée, dans la phrase même qui donne le chiffre.

L'autre malnutritionLa malnutrition n'est pas que le manque

L'indicateur qui va le plus franchement dans le mauvais sens n'est pas l'obésité. C'est l'anémie.

L'anémie chez les femmes de 15 à 49 ans

Le rapport écrit qu'elle s'aggraveet que presque toutes les régions voient les écarts se creuser sur cet indicateur.

L'anémie est une carence, pas un manque de calories. C'est exactement le genre de chose que le mot faim n'a jamais été conçu pour détecter, et exactement le genre de chose que produit une alimentation bon marché qui remplit.

Le reste des indicateurs nutritionnels, retard de croissance, émaciation, surpoids, faible poids de naissance, allaitement exclusif, ne montre, selon les mots du rapport, « que des améliorations marginales », avec des progrès « trop lents pour atteindre les cibles ».

Les plus jeunesLes chiffres des enfants

150 M
d'enfants de moins de cinq ans souffrent encore d'un retard de croissance.
FAO et quatre agences de l'ONU, SOFI 2026
30,8 %
des enfants de 6 à 23 mois ont une alimentation minimalement diversifiée, moins d'un sur trois.
FAO et quatre agences de l'ONU, SOFI 2026

Le second chiffre est celui sur lequel il faut s'arrêter. Minimalement diversifiée est un seuil délibérément bas, et il est franchi par moins d'un tiers des enfants de la tranche d'âge où l'alimentation façonne tout ce qui suit.

Le tableau régional est réellement contrasté, et il mérite d'être rapporté comme tel : le retard de croissance recule en Afrique et l'Asie est en voie d'atteindre la cible de 2030, les taux d'allaitement exclusif s'améliorent dans toutes les régions où il existe des données, pendant que le surpoids infantile augmente rapidement en Océanie.

La géographieOù, et à quel point inégalement

L'insécurité alimentaire modérée ou grave, par région, en 2025 :

  • Afrique : 56,6 %plus de la moitié de la population.
  • Amérique latine et Caraïbes : 22,9 %.
  • Asie : 20,3 %.
  • Amérique du Nord et Europe : 8,7 %.

Un facteur de plus de six entre le premier et le dernier. Et à l'intérieur des pays, le rapport relève deux gradients qui tiennent : l'insécurité alimentaire est plus répandue en zone rurale qu'en zone périurbaine et urbaine, et les femmes restent touchées de manière disproportionnéemême si l'écart de genre s'est légèrement réduit en 2025.

Ce constat rural mérite d'être relevé. L'image familière du manque alimentaire est un quartier urbain sans commerce à proximité. À l'échelle mondiale, la mesure pointe dans l'autre sens : ce sont les populations rurales qui sont le plus souvent contraintes de faire des compromis sur ce qu'elles mangent.

La réponse donnéeCe qui marche, selon l'OMS

La tentation, face à une obésité qui monte, est d'entendre une histoire de discipline personnelle. Le directeur général de l'OMS y répond directement dans le communiqué, et sa réponse est une liste de politiques publiques.

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, OMS

« Bien que nous saluions les progrès clairs que nous avons faits pour réduire la faim, une alimentation saine reste inabordable pour une personne sur trois dans le monde. L'obésité augmente et les progrès sur la nutrition maternelle et infantile stagnent. Mais nous savons ce qui marche : des politiques qui font de l'alimentation saine le choix facile, la promotion de l'allaitement, l'étiquetage sur le devant de l'emballage, la taxation des produits nocifs, et la protection des enfants contre le marketing nuisible. Une alimentation saine n'est pas un luxe, c'est le fondement de la santé et elle doit être à la portée de tous. »

Relis la première phrase, parce qu'elle contient tout le mécanisme : des progrès sur la faim, et une alimentation saine inabordable pour un tiers de l'humanité. Ces deux faits ne s'opposent pas. L'un explique l'autre.

Quand ce qui remplit coûte moins cher que ce qui nourrit, le chiffre de la faim s'améliore et les chiffres de la nutrition non. Ce n'est pas un paradoxe dans les données. C'est la description d'un prix.

QuestionsQuestions fréquentes

Comment l'obésité peut-elle monter si la faim recule ?

Parce que ce ne sont pas les deux extrémités d'une même échelle. Manger assez de calories et manger correctement sont deux choses différentes. Le rapport SOFI 2026 mesure les deux séparément : la faim recule pour la troisième année, et la prévalence de l'obésité chez l'adulte passe de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024, contrairement à la cible qui visait à en arrêter la progression d'ici 2025.

Quel est le lien avec le prix de l'alimentation ?

Le directeur général de l'OMS le pose dans la même phrase : « nous saluons les progrès clairs que nous avons faits pour réduire la faim, [mais] une alimentation saine reste inabordable pour une personne sur trois dans le monde ». Le rapport chiffre ce coût à 4,28 dollars en parité de pouvoir d'achat par personne et par jour, et à 2,69 milliards le nombre de personnes qui ne peuvent pas se le permettre.

Qu'en est-il des enfants ?

Deux chiffres du rapport, à mettre côte à côte. 150 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent encore d'un retard de croissance. Et seuls 30,8 % des enfants de 6 à 23 mois dans le monde consomment une alimentation minimalement diversifiée, moins d'un sur trois. Le retard de croissance recule en Afrique et l'Asie est en voie d'atteindre la cible de 2030, mais le surpoids infantile augmente rapidement en Océanie.

L'anémie est-elle en cause ?

Elle s'aggrave, et c'est l'indicateur qui va le plus franchement dans le mauvais sens. Le rapport écrit que l'anémie chez les femmes de 15 à 49 ans empire, et que presque toutes les régions voient les écarts se creuser sur cet indicateur. C'est une carence, pas un manque de calories, exactement ce que le mot « faim » ne capte pas.

Où l'insécurité alimentaire est-elle la plus forte ?

Plus de la moitié de la population africaine, 56,6 %, a connu une insécurité alimentaire modérée ou grave en 2025, contre 22,9 % en Amérique latine et Caraïbes, 20,3 % en Asie et 8,7 % en Amérique du Nord et en Europe. Et à l'intérieur des pays, elle reste plus répandue en zone rurale qu'en zone périurbaine et urbaine.

Qu'est-ce qui fonctionne, selon l'OMS ?

Son directeur général en donne une liste dans le communiqué : « des politiques qui font de l'alimentation saine le choix facile, la promotion de l'allaitement, l'étiquetage sur le devant de l'emballage, la taxation des produits nocifs, et la protection des enfants contre le marketing nuisible ». Ce sont des mesures collectives, pas des conseils individuels.

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