En septembre 2021, l'Organisation mondiale de la Santé a publié de nouvelles lignes directrices mondiales sur la qualité de l'air et en a abaissé presque tous les seuils.

Il n'était rien arrivé à l'air. Il était arrivé quelque chose aux données.

L'essentiel

L'OMS a « abaissé la quasi-totalité des seuils de référence », parce que les données montrent des effets « à des concentrations encore plus faibles qu'on ne le croyait auparavant ».

L'édition précédente datait de 2005. Seize ans d'études accumulées n'ont rien changé à ce qu'il y avait dans l'air ; elles ont changé le verdict porté dessus.

Un air qui comptait comme acceptable en 2005 ne compte plus comme acceptable. Le même air. Une autre réponse.

Les seuilsCe qu'est vraiment un seuil

Un seuil se lit comme une propriété de l'air. Il n'en est pas une. C'est un énoncé sur ce qu'on sait.

L'OMS décrit le processus sans drame : depuis l'édition de 2005, « la quantité de données factuelles montrant que la pollution atmosphérique a une incidence sur différents aspects de la santé a sensiblement augmenté », et donc, « après un examen systématique des données accumulées », les seuils ont baissé.

Pourquoi ça vaut la peine d'être compris. Quand une limite baisse, on la lit facilement comme l'aveu que l'ancienne était un mensonge, ou comme des poteaux qu'on déplace. Ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est ce que fait un seuil quand les études s'accumulent dessous, et un organisme qui ne bougerait jamais ses seuils t'annoncerait qu'il a cessé de chercher.

Le rangOù ça se situe parmi les risques

Le communiqué de 2021 fait une chose que les aide-mémoire ne font pas : il dit à quoi ce risque est comparable.

7 M
de décès prématurés par an dus à l'exposition à la pollution atmosphérique, estimation OMS, communiqué de 2021.
OMS, 22 septembre 2021
2005
l'année des lignes directrices mondiales précédentes, révisées après 16 ans.
OMS, 22 septembre 2021
2013
pollution de l'air extérieur et particules classées cancérogènes par le CIRC.
OMS, 22 septembre 2021

Et la comparaison, dans les mots de l'OMS : la charge de morbidité attribuable à la pollution atmosphérique est « comparable à d'autres facteurs de risque importants pour la santé dans le monde, tels que la mauvaise alimentation et le tabagisme ». Deux risques qui viennent avec des campagnes, des avertissements et des taxes, et un qui, la plupart du temps, n'en a pas.

Et la liste des effets s'allonge encore. Au-delà des cardiopathies et des AVC, l'OMS relève que « de nouvelles données montrent également que celle-ci peut aussi être à l'origine du diabète et de maladies neurodégénératives ». De nouvelles données est l'expression qui compte, ce n'est pas établi, et l'OMS ne le présente pas comme tel. Nous gardons la réserve parce que la source l'a mise.

Les particulesPourquoi les plus petites particules comptent le plus

C'est ici que la carte se referme sur elle-même. Le premier article constatait que l'essentiel des décès est cardiovasculaire. Voici la raison physique.

Les PM₂,₅ entrent dans le sang

« Les PM₂,₅ et PM₁₀ peuvent pénétrer profondément dans les poumons. Toutefois, les PM₂,₅ peuvent même entrer dans la circulation sanguine. Elles ont principalement des effets sur les systèmes cardiovasculaire et respiratoire, et affectant également d'autres organes. »

Leur origine est nommée aussi : « la combustion de carburants dans différents secteurs, notamment les transports, l'énergie, les ménages, l'industrie et l'agriculture. »

Le poumon est la porte. Le sang est le couloir. Le cœur est l'endroit où on compte.

Remarque que les ménages figurent dans cette liste de secteurs, entre l'énergie et l'industrie. La moitié intérieure de cette carte n'est pas un sujet à part rangé ailleurs, l'OMS la met dans la même phrase que les transports et l'agriculture, et précise que les lignes directrices s'appliquent aux environnements intérieurs comme extérieurs.

Le dernier motUne phrase pour finir

Le communiqué se termine sur une citation qui mérite d'être prise au pied de la lettre, parce qu'elle est inhabituellement dépourvue de précautions pour un document institutionnel.

Deux choses sont connues

« Nous connaissons l'ampleur du problème et nous savons comment le résoudre. Ces lignes directrices actualisées fournissent aux décideurs des données solides et un outil nécessaire pour s'attaquer à cette charge persistante pour la santé. »

Dr Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe

Le même paragraphe ajoute la part qui n'est pas résolue : « des millions de personnes continuent de mourir prématurément, souvent dans les populations les plus vulnérables et marginalisées ».

C'est l'endroit honnête où laisser un sujet comme celui-là, et cet ensemble d'articles avec lui. Presque rien de ce qui a été compté ici n'est inconnu. L'échelle est mesurée, les causes sont nommées, les outils sont publiés et pour la plupart sans prestige. Ce qui sépare la mesure du résultat n'est pas une découverte.

QuestionsQuestions fréquentes

Qu'est-ce que l'OMS a changé en 2021 ?

Elle a « abaissé la quasi-totalité des seuils de référence » de ses lignes directrices sur la qualité de l'air, après un examen systématique des données accumulées depuis la précédente édition, qui datait de 2005.

Pourquoi les abaisser ?

Parce que les données montrent des effets néfastes « à des concentrations encore plus faibles qu'on ne le croyait auparavant ». Ce n'est pas l'air qui a changé entre 2005 et 2021, c'est ce qu'on sait de ses effets.

Quels polluants sont couverts ?

Six : les particules en suspension (PM10 et PM2,5), l'ozone, le dioxyde d'azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone. L'OMS précise que les lignes directrices sont applicables « aux environnements extérieurs et intérieurs dans le monde entier ».

À quoi la charge de morbidité est-elle comparable ?

L'OMS l'écrit : la charge attribuable à la pollution atmosphérique est « comparable à d'autres facteurs de risque importants pour la santé dans le monde, tels que la mauvaise alimentation et le tabagisme ».

La pollution de l'air est-elle cancérogène ?

Le Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS a classé, en 2013, la pollution de l'air extérieur et les particules en suspension comme cancérogènes. C'est un classement de 2013, pas de 2021.

Sait-on comment régler le problème ?

Le directeur régional de l'OMS pour l'Europe le dit en une phrase : « Nous connaissons l'ampleur du problème et nous savons comment le résoudre. » Ce qui manque, selon lui, ce ne sont pas les données : les lignes directrices existent pour donner aux décideurs « l'outil nécessaire ».

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