Deux gaz à effet de serre, deux horloges complètement différentes. Cette différence est tout le sujet, et elle tient en une phrase de l'Organisation météorologique mondiale.

La durée de vie atmosphérique du méthane est d'environ neuf ans. Le dioxyde de carbone, une fois émis, affecte le climat indéfiniment.

L'essentiel

Le méthane s'en va. C'est pour ça que le réduire produit un effet visible en une décennie plutôt qu'en un siècle, le Programme des Nations unies pour l'environnement chiffre à 45 % la réduction qui, au cours de cette décennie, maintiendrait le réchauffement sous un seuil convenu.

Mais l'OMM ajoute, dans le même bulletin : l'action climatique doit de toute urgence se concentrer sur la réduction des émissions de CO₂ issues des combustibles fossiles, qui représentent la grande majorité des émissions totales. Le méthane est un levier rapide, pas un substitut.

La différenceNeuf ans contre l'indéfini

On discute habituellement des gaz à effet de serre par ce qu'ils réchauffent. La question la plus utile est combien de temps ils restent.

La comparaison de l'OMM elle-même

Sur le CO₂ : « une fois émis dans l'atmosphère, le CO₂ affecte le climat indéfiniment »son retrait dépend d'échanges entre réservoirs sur des échelles de temps allant de quelques années à des centaines de milliers d'années.

Sur le méthane : « c'est différent du méthane, dont la durée de vie atmosphérique est d'environ neuf ans en raison de son retrait par oxydation chimique. »

Dit simplement : une tonne de CO₂ émise aujourd'hui façonne encore le climat quand tes arrière-petits-enfants seront vieux. Une tonne de méthane émise aujourd'hui est, pour l'essentiel, partie avant qu'un enfant né cette année ne finisse le primaire.

Où on en est266 % du niveau préindustriel

1 942 ppb
c'est la concentration moyenne mondiale de méthane en 2024, un nouveau record.
OMM, Bulletin sur les gaz à effet de serre nº 21
266 %
du niveau antérieur à 1750, contre 152 % pour le CO₂ et 125 % pour le protoxyde d'azote.
OMM, Bulletin sur les gaz à effet de serre nº 21

Ces 266 % constituent le rapport le plus élevé des trois principaux gaz à effet de serre, le méthane a plus que doublé par rapport au préindustriel quand le CO₂ a augmenté de moitié. Pourtant le méthane représente environ 16 % du forçage radiatif dû aux gaz à longue durée de vie, pas la plus grande part. Concentration et effet ne sont pas la même mesure.

Sur son origine, l'OMM coupe en deux : environ 40 % naturel, zones humides, termites, et environ 60 % humain : ruminants, riziculture, exploitation des combustibles fossiles, décharges et brûlage de biomasse.

Une nouvelle encourageante, énoncée précisément. La hausse de 2023 à 2024 a été de 8 ppbinférieure aux 11 ppb de 2022 à 2023, et inférieure à la moyenne annuelle de 10,6 ppb sur la décennie précédente. Ralentir une hausse n'est pas la même chose que baisser, et le niveau atteint reste un record.

La conséquencePourquoi ça en fait le levier rapide

Si un gaz s'en va en neuf ans, alors arrêter de l'émettre se voit dans l'atmosphère en une décennie. Ce n'est pas vrai du CO₂, et c'est toute la raison pour laquelle le méthane occupe autant de place dans les politiques climatiques.

L'évaluation du PNUE

« Une réduction de 45 % du méthane d'origine humaine au cours de cette décennie permettrait de maintenir le réchauffement en dessous d'un seuil convenu par les dirigeants mondiaux. »

L'évaluation énumère d'autres avantages : la réduction rapide du réchauffement, qui peut contribuer à éviter des points de basculement dangereux ; l'amélioration de la qualité de l'air qui peut sauver des centaines de milliers de vies ; l'amélioration de la sécurité alimentaire en prévenant les pertes de récoltes ; et la création d'emplois.

Un chiffre qu'on ne va pas te donner. Cette évaluation est habituellement citée avec un nombre précis de degrés évités. Nous n'avons pas pu ouvrir son résumé exécutif, le téléchargement est bloqué, et la page française officielle ne donne pas ce chiffre ; elle dit « un seuil convenu par les dirigeants mondiaux ». C'est donc ce qu'on écrit. Un chiffre qu'on n'a pas lu est un chiffre qu'on ne publie pas.

L'autre moitiéL'avertissement que la plupart des articles sautent

Tout ce qui précède fait passer le méthane pour le raccourci intelligent. L'OMM a anticipé cette lecture et l'a bloquée, dans le paragraphe même qui établit les neuf ans.

Lire jusqu'au bout du paragraphe

« Bien que la réduction des émissions de méthane soit utile et nécessaire, l'action climatique doit de toute urgence se concentrer sur la réduction des émissions de CO₂ issues des combustibles fossiles, qui représentent la grande majorité des émissions totales de gaz à effet de serre. »

La logique n'est pas compliquée une fois les deux moitiés sur la table. Le méthane est là où on gagne du temps. Le CO₂ est là où se décide la destination. Réduire le méthane en laissant le CO₂ tranquille achète un délai sur une trajectoire qui n'a pas changé.

C'est aussi pourquoi le méthane est séduisant pour qui préférerait ne pas toucher aux combustibles fossiles. Le gaz qui s'en va est plus facile à évoquer que le gaz qui reste.

Ce qu'on gardeCe qui en découle

  • Deux horloges, deux tâches. Neuf ans et indéfiniment ne sont pas deux versions du même problème, et aucune mesure unique ne traite les deux.
  • Une concentration n'est pas un effet. Le méthane est à 266 % de son niveau préindustriel et représente environ 16 % du forçage des gaz à longue durée de vie. Les deux chiffres sont vrais et ils mesurent des choses différentes.
  • Une croissance plus lente n'est pas une baisse. 8 ppb de hausse valent mieux que 11, et c'est encore une hausse, par-dessus un record.
  • Soixante pour cent est humain. C'est la part sur laquelle on peut agir, ruminants, riziculture, exploitation des combustibles fossiles, décharges, brûlage de biomasse.

Le résumé honnête en une ligne est celui qu'a écrit l'OMM elle-même : réduire le méthane est utile et nécessaireet ce n'est pas là qu'est l'urgence.

QuestionsQuestions fréquentes

Combien de temps le méthane reste-t-il dans l'air ?

Environ neuf ans, selon le Bulletin sur les gaz à effet de serre de l'OMM. Il est retiré de l'atmosphère par oxydation chimique. C'est la différence décisive avec le dioxyde de carbone : l'OMM écrit qu'une fois émis dans l'atmosphère, le CO₂ « affecte le climat indéfiniment ».

Quelle part du réchauffement le méthane représente-t-il ?

Environ 16 % du forçage radiatif dû aux gaz à effet de serre à longue durée de vie, selon l'OMM. Sa concentration atteignait 1 942 parties par milliard en 2024, soit 266 % du niveau préindustriel, à comparer aux 152 % du CO₂ et aux 125 % du protoxyde d'azote.

D'où vient le méthane ?

L'OMM répartit ainsi : environ 40 % vient de sources naturelles, par exemple les zones humides et les termites, et environ 60 % de sources humaines, les ruminants, la riziculture, l'exploitation des combustibles fossiles, les décharges et le brûlage de biomasse.

Réduire le méthane suffirait-il ?

Non, et l'OMM le dit explicitement dans le même bulletin : « bien que la réduction des émissions de méthane soit utile et nécessaire, l'action climatique doit de toute urgence se concentrer sur la réduction des émissions de CO₂ issues des combustibles fossiles, qui représentent la grande majorité des émissions totales de gaz à effet de serre ». C'est la phrase que la plupart des articles sur le méthane oublient.

Alors pourquoi s'y intéresser autant ?

Parce que c'est le seul levier dont l'effet se voit vite. Le Programme des Nations unies pour l'environnement écrit qu'une réduction de 45 % du méthane d'origine humaine au cours de cette décennie permettrait de maintenir le réchauffement en dessous d'un seuil convenu par les dirigeants mondiaux. Et l'évaluation cite d'autres bénéfices : éviter des points de basculement, une qualité de l'air qui peut sauver des centaines de milliers de vies, et moins de pertes de récoltes.

La concentration de méthane continue-t-elle d'augmenter ?

Oui, mais l'augmentation ralentit. De 2023 à 2024, elle a été de 8 parties par milliard, moins que les 11 de 2022 à 2023, et moins que la moyenne annuelle de 10,6 sur la décennie précédente. Ralentir une hausse n'est pas la même chose que baisser, et le niveau atteint reste un record.

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