En janvier 2025, l'Organisation météorologique mondiale a annoncé que 2024 avait été l'année la plus chaude jamais enregistrée, à environ 1,55 °C au-dessus des valeurs préindustrielles.
Ce qui a produit une vague de titres annonçant que la limite de 1,5 °C était franchie. Dans le même communiqué, l'OMM écrivait, en majuscules, que ce n'est pas ce que ça veut dire.
L'OMM : « le dépassement du seuil de 1,5 °C au cours d'une seule année NE signifie PAS que nous avons échoué à atteindre les objectifs de température à long terme de l'Accord de Paris, lesquels portent sur des décennies plutôt que sur telle ou telle année. »
Le réchauffement à long terme mesuré en 2024 est d'environ 1,3 °C. Et l'objectif est, dans les mots de l'OMM, non pas devenu inaccessible mais gravement compromis.
Le texteCe que dit vraiment l'Accord de Paris
L'Accord contient deux nombres, et la conversation publique n'en a gardé qu'un.
Contenir la température moyenne de la planète « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et poursuivre l'action menée « pour limiter l'élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ».
Deux verbes, deux ambitions. Contenir sous 2 °C est l'engagement. Poursuivre l'action vers 1,5 °C est l'aspiration. Ni l'un ni l'autre n'est écrit comme un examen daté qu'on réussit ou qu'on rate.
Et la période n'est pas définie. L'OMM le dit directement : l'objectif « se rapporte à une longue période, généralement de plusieurs décennies ou plus, bien que l'Accord lui-même ne fournisse pas de définition spécifique ». Cette absence n'est pas une échappatoire, c'est pourquoi la question « est-ce qu'on l'a franchi ? » n'a pas de réponse par oui ou par non.
L'année2024 : 1,55 °C, et pourquoi ce n'est pas le franchissement
La mesure est donc réelle, et elle est prudente. L'OMM parle de 2024 comme de la « probablement première année civile » où la température moyenne mondiale a dépassé de plus de 1,5 °C la moyenne de la période 1850-1900.
Note le mot probablement, et note une chose que l'OMM ajoute et que presque personne ne répète : les six jeux de données ne placent pas tous l'anomalie au-dessus de 1,5 °C, parce que leurs méthodologies diffèrent. Les six placent en revanche 2024 au premier rang des années les plus chaudes jamais enregistrées.
« Il est important de souligner que le dépassement du seuil de 1,5 °C au cours d'une seule année NE signifie PAS que nous avons échoué à atteindre les objectifs de température à long terme de l'Accord de Paris, lesquels portent sur des décennies plutôt que sur telle ou telle année. »
Le chiffre comparable1,3 °C : l'autre chiffre
Si une année isolée est la mauvaise mesure, quelle est la bonne ? L'OMM a constitué une équipe internationale d'experts précisément pour répondre à ça.
Deux chiffres coexistent donc, et les deux sont justes. 1,55 °C, c'est ce qu'a fait une année. 1,3 °C, c'est où se situe la tendance de fond. Le premier fait les titres ; le second est celui dont parle l'Accord.
L'écart entre les deux n'est pas une contradiction. C'est à quoi ressemble une année de variabilité naturelle posée sur une tendance.
L'image mentalePourquoi ce n'est pas une falaise
Ce qu'il y a de plus dommageable dans la façon dont on parle des 1,5 °C n'est pas la confusion sur la mesure. C'est l'image que ça met dans la tête : une ligne, avec la sécurité d'un côté et la catastrophe de l'autre.
La secrétaire générale de l'OMM : « il est essentiel de reconnaître que chaque fraction de degré de réchauffement a son importance. Que le niveau de réchauffement soit inférieur ou supérieur à 1,5 °C, les répercussions sur nos vies, nos économies et notre planète s'aggravent après chaque augmentation supplémentaire. »
Ça coupe dans les deux sens, et c'est pour ça que c'est important. Sous 1,5 °C, rien n'est sécuritaire. Au-dessus, rien n'est perdu. 1,6 est pire que 1,5, et meilleur que 1,7et cette phrase reste vraie à toutes les valeurs.
C'est pourquoi « c'est trop tard » est la phrase la plus coûteuse de la conversation. Si le seuil était une falaise, le dépasser mettrait fin au débat. Comme c'est un dégradé, le dépasser ne change rien au fait que le dixième de degré suivant vaut la peine d'être évité.
L'autre moitiéLa phrase qu'il ne faut pas oublier
Tout ce qui précède pourrait se lire comme un apaisement. Ça ne l'est pas, et l'OMM ferme elle-même cette porte. L'un de ses propres points principaux dit :
« L'objectif de température à long terme figurant dans l'Accord de Paris n'est pas devenu inaccessible mais il est gravement compromis. »
Et l'OMM ajoute qu'afin d'aider les décideurs, il est urgent d'assurer avec rigueur le suivi, la surveillance et la communication de l'évolution du réchauffement par rapport à cet objectif à long terme.
Le résumé honnête est donc inconfortable dans les deux sens. Non, une année au-dessus de 1,5 °C n'est pas le franchissement du seuil de Paris. Oui, l'objectif est en grande difficulté. Quiconque se sert de la première moitié pour laisser tomber la seconde lit mal le même communiqué.
QuestionsQuestions fréquentes
A-t-on franchi le seuil de 1,5 °C ?
Pas au sens de l'Accord de Paris. En 2024, la température moyenne à la surface du globe a dépassé de 1,55 °C la moyenne de la période 1850-1900, c'est probablement la première année civile au-dessus de 1,5 °C. Mais l'OMM écrit noir sur blanc que le dépassement du seuil au cours d'une seule année NE signifie PAS que les objectifs de l'Accord de Paris ont échoué, parce qu'ils portent sur des décennies.
Sur combien de temps se mesure le seuil, alors ?
L'OMM répond : « une longue période, généralement de plusieurs décennies ou plus, bien que l'Accord lui-même ne fournisse pas de définition spécifique ». C'est une réponse honnête et inconfortable, la durée exacte n'est écrite nulle part dans le traité.
Quel est le vrai niveau de réchauffement aujourd'hui ?
Environ 1,3 °C. L'OMM a constitué une équipe internationale d'experts dont la première conclusion est que le réchauffement planétaire à long terme, tel que mesuré en 2024, dépasse d'environ 1,3 °C les valeurs de la période 1850-1900. C'est ce chiffre-là, et non le 1,55 °C d'une année isolée, qui se compare à l'objectif du traité.
Que dit exactement l'Accord de Paris ?
Deux choses, et on n'en retient qu'une. Il vise à contenir la température moyenne de la planète « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et à poursuivre l'action menée « pour limiter l'élévation de la température à 1,5 °C », étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques.
Si on dépasse, est-ce que tout est perdu ?
Non, et l'OMM le dit deux fois. « Ce n'est pas parce que la limite de 1,5 °C est dépassée certaines années que l'objectif à long terme est devenu hors de portée. » Et : « Que le niveau de réchauffement soit inférieur ou supérieur à 1,5 °C, les répercussions sur nos vies, nos économies et notre planète s'aggravent après chaque augmentation supplémentaire. » Autrement dit, ce n'est pas une falaise : chaque fraction de degré compte, avant comme après.
Le chiffre de 1,55 °C est-il certain ?
Il porte une marge d'incertitude de ± 0,13 °C, et l'OMM précise que toutes les évaluations de température en comportent une. Le chiffre est une moyenne consolidée de six jeux de données internationaux, et l'OMM note que tous ne placent pas l'anomalie au-dessus de 1,5 °C, en raison de méthodologies différentes. Les six placent en revanche 2024 au premier rang des années les plus chaudes jamais enregistrées.
À lire ensuiteArticles reliés
Sources
À propos de cet article. Information générale et éducative. Les chiffres cités sont ceux de l'analyse consolidée de l'Organisation météorologique mondiale publiée le 10 janvier 2025, avec leur marge d'incertitude : ils sont révisés chaque année et le seront encore. Cet article décrit ce que mesure et ce que dit une institution, pas une projection ni une prise de position politique.
Une erreur, un chiffre périmé ? Écris-nous : on corrige et on redate l'article. Nos textes sont écrits avec l'aide de l'intelligence artificielle et vérifiés aux sources officielles avant publication, mais un chiffre ou une définition peut changer sans qu'on le voie passer. Si quelque chose ici ne correspond pas à ce que te dit un organisme officiel, c'est lui qui a raison.