La question qui mesure la fragilité financière n'est pas « combien gagnes-tu ». Elle est beaucoup plus simple, et beaucoup plus gênante.
S'il t'arrivait quelque chose d'imprévu, pourrais-tu trouver de l'argent en trente jours, et d'où viendrait-il ?
56 % des adultes peuvent accéder de manière fiable à des fonds supplémentaires pour faire face à une urgence. Les 44 % restants ne le peuvent pas, et ce chiffre n'a pas bougé depuis 2021. La famille et les amis sont la source la plus répandue, alors que l'épargne est plus fiable ; les femmes et les adultes pauvres sont les plus susceptibles de dépendre de leurs proches. Environ la moitié pourraient tenir deux mois ou plus s'ils perdaient leur revenu principal.
Un détour qui vaut la peinePourquoi les « 400 dollars » ne voyagent pas
Tu as probablement déjà vu le chiffre : la part des gens qui ne pourraient pas couvrir une dépense imprévue de 400 dollars. C'est une mesure réelle et sérieuse, issue d'une enquête de la banque centrale des États-Unis.
C'est précisément pour ça qu'il ne peut pas servir de chiffre mondial. Quatre cents dollars ne sont pas le même événement à Lagos, à Manille et à Lyon, et un montant fixe cesse de vouloir dire quoi que ce soit dès qu'il franchit une frontière.
On a donc changé de question plutôt que d'emprunter le chiffre. La Banque mondiale en pose une qui, elle, voyage, et elle la pose dans 141 pays, dans les mêmes termes.
L'instrumentLa vraie question : trente jours
L'enquête Global Findex ne demande pas de montant. Elle demande deux choses à la fois : d'où viendraient les fonds supplémentaires, et à quel point il serait difficile d'y accéder dans un délai de trente jours ou moins.
Les sources possibles sont énumérées : l'épargne, le revenu du travail, la famille ou les amis, l'emprunt, la vente de biens, ou une autre source. Et pour chacune, la personne dit si l'accès serait impossible, très difficile, ou relativement facile.
Cette construction est ce qui la rend comparable. Un mois est un mois partout, et « est-ce que tu pourrais l'obtenir » est une question à laquelle tout le monde peut répondre sans faire de calcul.
Le résultat56 %, et le chiffre qui ne bouge plus
Le second chiffre est celui sur lequel il faut s'arrêter. Sur la même période, la détention de comptes a grimpé, les téléphones mobiles se sont répandus, et l'épargne formelle dans les économies en développement a bondi de seize points de pourcentage, la plus forte hausse en plus d'une décennie.
La Banque mondiale l'écrit sans détour : l'augmentation du nombre de comptes, de leur utilisation et de l'accès numérique n'a pas encore permis d'améliorer la santé financière dans son ensemblequ'elle définit comme l'aptitude à répondre à ses besoins, saisir des opportunités, faire face aux urgences financières et avoir confiance dans sa situation.
Avoir un endroit où mettre de l'argent n'est pas la même chose qu'avoir de l'argent à y mettre.
Une seconde mesure l'accompagne : environ la moitié des adultes des pays à revenu faible ou intermédiaire pourraient financer leurs dépenses pendant deux mois ou plus s'ils perdaient leur principale source de revenus. L'autre moitié ne pourrait pas tenir plus d'un mois.
Le détail qui change toutD'où vient l'argent
Réussir le test n'est pas une seule et même chose. La façon dont on le réussit compte énormément.
- La famille et les amis sont la source la plus largement répandue de fonds supplémentaires.
- Mais l'épargne est plus fiablec'est la comparaison de la Banque mondiale elle-même, pas la nôtre.
- Les femmes et les adultes pauvres sont plus susceptibles de compter sur leur famille ou leurs amis.
Mets ces trois lignes bout à bout et un mécanisme apparaît : ceux qui ont le moins de marge sont ceux qui dépendent de la source la moins sûre. Leur résilience est réelle, et elle est empruntée à quelqu'un d'autresouvent quelqu'un d'aussi exposé.
Un choc, plusieurs foyers. Quand le fonds d'urgence est un cousin, un seul accident ne touche pas un budget. Il se propage. C'est aussi pour ça qu'un adulte sur quatre ayant vécu une catastrophe naturelle ces trois dernières années, dont deux tiers ont perdu des revenus ou subi des dégâts, n'est pas une statistique à part. C'est la même.
Ce que ça faitCe qui inquiète vraiment les gens
L'enquête demande aussi ce qui inquiète les gens. Les réponses ne sont pas abstraites.
- Les dépenses mensuelles sont la source de stress financier la plus courante.
- Les frais médicaux viennent ensuite, cités par environ un quart des adultes des pays à revenu faible ou intermédiaire.
- En Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, environ 20 % s'inquiètent du paiement des frais de scolarité.
- 26 % s'inquiètent de ne pas avoir assez d'argent pour leurs vieux jours, alors que seuls 18 % mettent de l'argent de côté de façon formelle en vue de la retraite.
La dernière paire résume tout le sujet en deux chiffres. L'inquiétude est répandue ; les moyens d'y répondre ne le sont pas. Dire à quelqu'un d'épargner ne lui apprend rien.
L'honnêteté sur la portéeCe que le test ne dit pas
Trois limites, toutes énoncées par la Banque mondiale elle-même, et toutes bonnes à connaître avant de citer quoi que ce soit de tout ceci :
Ce qu'elle établit suffit. Près d'un adulte sur deux ne peut pas trouver de l'argent supplémentaire en un mois, et des années d'expansion financière n'ont pas déplacé ce chiffre d'un seul point.
QuestionsQuestions fréquentes
C'est quoi, le test des 30 jours ?
Une question posée par la Banque mondiale dans son enquête Global Findex : d'où viendrait l'argent supplémentaire dont tu aurais besoin en cas d'imprévu, et à quel point serait-il difficile d'y accéder dans un délai de 30 jours ou moins. Ce n'est pas un montant, c'est un délai et une source. C'est ce qui rend la question comparable d'un pays à l'autre.
Combien de personnes réussissent ce test ?
56 %. C'est la part des personnes en mesure d'accéder de manière fiable à des fonds supplémentaires pour faire face à une urgence, selon les données 2024. Les 44 % restants n'en sont pas capables. Et ce pourcentage n'a pas changé depuis 2021, c'est peut-être le résultat le plus important du rapport.
Pourquoi ne pas utiliser le chiffre des 400 dollars ?
Parce qu'il est américain. La question de la dépense imprévue de 400 dollars vient d'une enquête de la banque centrale des États-Unis. Elle est excellente et souvent citée, mais 400 dollars ne veulent pas dire la même chose à Lagos, à Manille et à Lyon. Le test des 30 jours, lui, est posé dans 141 pays avec la même formulation.
D'où vient l'argent quand les gens y arrivent ?
La famille et les amis sont la source la plus largement répandue de fonds supplémentaires, mais la Banque mondiale précise que l'épargne est plus fiable. Et elle ajoute un point qui compte : les femmes et les adultes pauvres sont plus susceptibles de compter sur leur famille ou leurs amis. Autrement dit, ceux qui ont le moins de marge dépendent de la source la moins sûre.
Qu'est-ce qui inquiète le plus les gens ?
Les dépenses mensuelles arrivent en tête du stress financier, suivies des frais médicaux. Environ un quart des adultes des pays à revenu faible ou intermédiaire citent les frais médicaux. 26 % s'inquiètent de ne pas avoir assez d'argent pour leurs vieux jours, alors que seuls 18 % mettent de l'argent de côté de façon formelle en vue de la retraite.
Ce chiffre vaut-il pour tous les pays ?
Non, et c'est une réserve importante. L'enquête couvre 141 pays, mais les questions de santé financière n'ont été posées que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Les chiffres de cet article décrivent donc ces pays-là, pas la planète entière. Nous le disons parce que la Banque mondiale le dit.
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Sources
- Base de données Global Findex 2025, résumé analytique en français, Banque mondiale (PDF)
- The Global Findex Database 2025, Banque mondiale (en anglais)
À propos de cet article. Information générale et éducative. Les chiffres proviennent d'une enquête de perception menée par la Banque mondiale dans 141 pays, dont les questions de santé financière n'ont été posées que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire : ils décrivent une moyenne, pas un pays ni une personne. Ce texte ne constitue pas un conseil financier.
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