« Tu as essayé de faire un budget ? » se dit presque toujours avec de bonnes intentions. C'est aussi, presque toujours, la réponse à une autre question que celle qui a été posée.

Parce qu'un budget est un outil pour arbitrer entre des choix. Il fonctionne quand il y a quelque chose à arbitrer. Toute la difficulté commence là où il n'y a rien.

L'essentiel

Pour la première fois, plus de la moitié de l'humanité, 52,4 %, dispose d'au moins une prestation de protection sociale. Il reste 3,8 milliards de personnes sans aucune. Au rythme actuel, l'OIT calcule qu'il faudrait attendre 2073 pour couvrir tout le monde. La couverture va de 85,9 % dans les pays à revenu élevé à 9,7 % dans les pays à faible revenu.

Le présupposéCe que le conseil suppose

Toute méthode budgétaire, quel que soit son nom, repose sur le même point de départ : quelque part dans la liste des sorties, il y a une ligne qui peut bouger. La décaler, la réduire, la supprimer.

Ce présupposé est invisible pour celui qui l'énonce, parce que dans son propre budget il est vrai. Il cesse de l'être quand chaque ligne est le loyer, la nourriture, le transport pour aller travailler, et le médicament que quelqu'un du foyer ne peut pas sauter.

Ce n'est pas un plaidoyer contre le budget. Là où une marge existe, le conseil est bon et il fonctionne. L'affirmation ici est plus étroite et elle est factuelle : le conseil présuppose une marge, et pour une large part de la planète cette marge a été mesurée, et elle n'y est pas.

La mesureL'écart entre s'inquiéter et pouvoir agir

L'enquête Global Findex de la Banque mondiale demande aux gens ce qui les inquiète financièrement, et séparément ce qu'ils font réellement. Mettre les deux côte à côte est instructif.

26 %
des adultes s'inquiètent de ne pas avoir assez d'argent pour leurs vieux jours.
Banque mondiale, Global Findex 2025
18 %
mettent de l'argent de côté de façon formelle en vue de la retraite.
Banque mondiale, Global Findex 2025

L'inquiétude est plus répandue que le moyen d'y répondre. Demander à cet écart de se refermer en expliquant l'importance de l'épargne s'adresse au plus petit des deux chiffres.

La même enquête établit que les dépenses mensuelles sont la source de stress financier la plus courante, devant les frais médicaux. Pas les achats ponctuels. Les récurrents, les non négociables.

La vraie variableCe qui manque n'est pas de la discipline

L'Organisation internationale du Travail mesure une chose que le conseil budgétaire ne touche jamais : l'existence, ou non, d'un plancher sous le foyer. Son dernier rapport mondial y met des chiffres.

52,4 %
de la population mondiale est couverte par au moins une prestation de protection sociale, contre 42,8 % en 2015.
OIT, Rapport mondial sur la protection sociale 2024-2026
3,8 Md
de personnes ne bénéficient d'aucune protection.
OIT, Rapport mondial sur la protection sociale 2024-2026
Deux mondes, et une date

La couverture est de 85,9 % dans les pays à revenu élevé, 71,2 % dans les pays à revenu intermédiaire supérieur, 32,4 % dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, et 9,7 % dans les pays à faible revenu, un taux qui, écrit l'OIT, a à peine augmenté depuis 2015 et dont elle qualifie la faiblesse d'inacceptable.

Et le rythme : si les progrès se poursuivaient ainsi, il faudrait encore quarante-neuf ans, jusqu'en 2073, pour que chaque personne soit couverte par au moins une prestation. Le verdict de l'OIT sur ce rythme : trop faible.

Une ligne de plus vaut d'être connue, parce qu'elle traverse tous les pays : la couverture effective des femmes est de 50,1 % contre 54,6 % pour les hommes.

La phraseLa phrase qu'a écrite l'OIT

Dans la section sur les pays les plus exposés à la crise climatique, le rapport décrit ce que font les gens quand aucun plancher n'existe. Ça vaut la peine de le citer exactement, parce que c'est tout le sujet de cet article, écrit par une institution qui ne parlait pas de budget.

2,1 milliards de personnes, et ce qu'il leur reste

Environ 25 % de la population des 50 pays les plus vulnérables au changement climatique est couverte de manière effective. Ce qui signifie que 2,1 milliards de personnes doivent faire face aux ravages du dérèglement climatique « en ne disposant d'aucune protection, ne pouvant compter que sur leur savoir-faire et sur leurs proches pour résister ».

Dans les 20 pays les plus vulnérables, la couverture tombe à 8,7 % : 364 millions de personnes sans rien.

Leur savoir-faire et leurs proches. C'est l'OIT décrivant une absence, et c'est, mot pour mot, ce que le conseil budgétaire propose comme solution.

En pratiqueCe qu'on peut dire à la place

Rien de tout ceci ne veut dire qu'il faut se taire. Ça veut dire changer ce à quoi sert la phrase.

1
Demander ce qui est déjà fixe
« Là-dedans, qu'est-ce qui peut vraiment bouger ? » est une question, pas un verdict. Souvent la réponse est « rien », et l'entendre dire à voix haute est plus utile qu'une méthode.
2
Chercher le plancher, pas la fuite
Y a-t-il une prestation non demandée ? Des droits existants restent non réclamés bien plus souvent que des budgets ne déraillent par négligence. Cette recherche est une aide concrète ; une méthode ne l'est pas.
3
Ne pas confondre conseil et aide
Un conseil ne coûte rien à celui qui le donne et renvoie le problème. Une aide, une recherche faite ensemble, un formulaire rempli, un appel passé, coûte quelque chose et fait avancer.

La version mesurée de tout ceci est courte. Là où il y a une marge, budgéter fonctionne. Là où il y a un plancher, un choc est survivable. Là où il n'y a ni l'un ni l'autre, ce qui manque a un nom, et ce n'est pas la discipline.

Si tu as besoin de parler à quelqu'un maintenant

Il n'existe pas de ligne d'écoute mondiale, et les numéros changent d'un pays à l'autre. Deux repères valent partout.

S'il y a un danger immédiat, compose le numéro d'urgence de ton pays.

Sinon, Find A Helpline répertorie plus de 1 700 lignes d'écoute gratuites et confidentielles dans plus de 175 pays. Tu choisis ton pays, il affiche ce qui existe près de chez toi, avec les horaires. Le site lui-même est en anglais, mais les lignes qu'il indique sont locales.

Ce n'est pas une recommandation clinique. C'est le seul annuaire international qui déclare vérifier ses données auprès des organismes eux-mêmes et les tenir à jour quotidiennement.

QuestionsQuestions fréquentes

Le conseil budgétaire est-il inutile ?

Non. Il est utile quand il existe une marge, une dépense qu'on peut décaler, réduire ou supprimer. Le problème n'est pas le conseil, c'est ce qu'il suppose. Adressé à quelqu'un dont toutes les dépenses sont déjà des dépenses contraintes, il ne transfère pas une compétence : il transfère une responsabilité.

Combien de personnes n'ont aucune protection sociale ?

3,8 milliards, selon l'Organisation internationale du Travail. Pour la première fois, plus de la moitié de l'humanité, 52,4 %, est couverte par au moins une prestation de protection sociale, contre 42,8 % en 2015. C'est un vrai progrès. Il laisse quand même près de quatre milliards de personnes sans rien.

À ce rythme, combien de temps pour couvrir tout le monde ?

Quarante-neuf ans. L'OIT l'écrit noir sur blanc : si les progrès se poursuivaient à ce rythme, il faudrait attendre 2073 pour que chaque personne soit couverte par au moins une prestation. Elle ajoute que ce rythme est trop faible.

L'écart entre pays est-il si grand que ça ?

Il est de près de neuf pour un. La couverture atteint 85,9 % dans les pays à revenu élevé, 71,2 % dans les pays à revenu intermédiaire supérieur, 32,4 % dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, et 9,7 % dans les pays à faible revenu. L'OIT précise que ce dernier taux a à peine augmenté depuis 2015 et qualifie sa faiblesse d'inacceptable.

Qu'est-ce qui inquiète les gens, concrètement ?

Les dépenses mensuelles arrivent en tête du stress financier, devant les frais médicaux. Et il y a un écart révélateur : 26 % des adultes s'inquiètent de ne pas avoir assez d'argent pour leurs vieux jours, alors que seuls 18 % mettent de l'argent de côté de façon formelle en vue de la retraite. L'inquiétude est plus répandue que le moyen d'y répondre.

Alors qu'est-ce qui marche ?

Un plancher. C'est ce que mesure l'OIT et ce dont elle constate l'absence : une prestation à laquelle on a droit sans avoir à la mériter. Ce n'est pas notre opinion, c'est l'objet même de l'indicateur 1.3.1 des objectifs de développement durable, et le rapport documente ce qui se passe là où ce plancher n'existe pas.

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