Tout le monde a croisé l'argument, dans les deux sens. « Ton empreinte individuelle est une diversion » contre « si chacun faisait sa part ». Ni l'un ni l'autre camp n'apporte généralement un chiffre.

Le Programme des Nations unies pour l'environnement en publie un chaque année : de combien le monde est à côté. Le lire ne règle pas le débat, mais ça change ce sur quoi porte le débat.

L'essentiel

Pour s'aligner sur 1,5 °C, les émissions annuelles doivent baisser de 55 % d'ici 2035 par rapport à 2019, 35 % pour la trajectoire 2 °C. Projections actuelles : 2,3 à 2,5 °C si les engagements sont pleinement mis en œuvre, 2,8 °C avec les politiques actuelles. Et le verdict du PNUE sur les nouveaux engagements de cette année : ils n'ont à peine eu d'impact.

L'ordre de grandeurL'échelle, en chiffres

−55 %
des émissions annuelles d'ici 2035, par rapport à 2019, pour s'aligner sur la trajectoire 1,5 °C.
PNUE, rapport sur l'écart 2025
−35 %
pour la trajectoire 2 °C sur la même période.
PNUE, rapport sur l'écart 2025

Ce sont des réductions mondiales, tous secteurs confondus, en dix ans. Pas une cible pour les pays riches, pas une cible pour les ménages, le total.

En face, les projections. Avec les contributions déterminées au niveau national pleinement mises en œuvre : 2,3 à 2,5 °C. Avec les politiques actuelles : 2,8 °C. Le rapport de l'an dernier disait 2,6-2,8 °C et 3,1 °C.

Une mise en perspective, et elle n'est pas toute noire. Il y a dix ans, à l'adoption de l'Accord de Paris, les prévisions étaient de 3 à 3,5 °C. L'aiguille a bougé. Elle n'a pas bougé assez, et cette année elle n'a presque pas bougé du tout.

Le constatLa phrase qui vise les États

L'amélioration entre le rapport de l'an dernier et celui-ci ressemble à un progrès. Le PNUE le démonte lui-même, et l'arithmétique est brutale.

D'où vient réellement l'amélioration

« Les mises à jour méthodologiques expliquent 0,1 °C de cette amélioration, et le retrait imminent des États-Unis de l'Accord de Paris annulera un autre 0,1 °C, ce qui signifie que les nouvelles contributions déterminées au niveau national elles-mêmes n'ont à peine eu d'impact. »

Lis de qui parle cette phrase. Pas des consommateurs, pas des modes de vie, pas des empreintes individuelles, des engagements nationaux. L'écart que mesure le rapport est un écart entre ce que des États ont promis et ce que la physique exige.

C'est pourquoi la question « est-ce que mon empreinte compte ? » reçoit souvent sa réponse à la mauvaise adresse. Le chiffre qui n'a pas bougé cette année n'était l'empreinte de personne.

L'autre versantPourquoi aucune réduction n'est nulle

Rien de tout ça ne rend la réduction individuelle inutile, et le même rapport dit pourquoi, dans une phrase presque mot pour mot celle qu'emploie l'Organisation météorologique mondiale.

Chaque fraction de degré

« Chaque fraction de degré évitée signifie moins de pertes pour les populations et les écosystèmes, moins de coûts et moins de dépendance à l'égard de techniques incertaines d'élimination du dioxyde de carbone pour revenir à 1,5 °C d'ici 2100. »

Trois conséquences, et la troisième est rarement citée : chaque tonne non émise est une tonne que personne n'aura à parier sur une technologie qui ne fonctionne pas encore à grande échelle.

Il n'existe donc pas de seuil sous lequel une réduction cesse de compter, ni de plafond au-dessus duquel elle devient vaine. Ce qui existe, c'est une échelle, et confondre les deux est ce qui fait tourner ce débat en rond.

La partie qui gêneDisponible, et pas choisi

Les rapports techniques emploient rarement le mot souhaiter. Celui-ci le fait, et ça déplace toute la question.

La formulation du rapport

« Les technologies à faibles émissions de carbone nécessaires pour réduire considérablement les émissions sont disponibles. Le développement de l'énergie éolienne et solaire est en plein essor, réduisant les coûts de déploiement. Cela signifie que la communauté internationale peut accélérer l'action climatique si elle le souhaite. »

Il ajoute ce que ça exigerait : naviguer dans un environnement géopolitique complexe, accroître massivement le soutien aux pays en développement, et repenser l'architecture financière internationale.

Si elle le souhaite. L'obstacle que nomme le rapport n'est pas une invention manquante. C'est une décision qui n'a pas été prise.

Où ça te laisseCe que ça laisse à un individu

Mettre les trois constats côte à côte donne quelque chose de plus utile que l'un ou l'autre slogan.

  • Une empreinte individuelle mesure réellement quelque chose de réel. Ce n'est pas un tour de passe-passe, et la réduire produit un effet réel, même petit, parce que chaque fraction compte.
  • Ce n'est pas la variable dont parle le rapport. Ce qui n'a pas bougé cette année, ce sont les engagements nationaux, et ce qui manque selon le PNUE est une décision, pas une technologie.
  • Ce qui rend le citoyen plus grand que le consommateur. Si l'obstacle est un choix pris collectivement, alors voter, argumenter, s'organiser et exiger agissent sur la variable qui compte, et rien de tout ça n'oblige à renoncer à la réduction personnelle.

La phrase qui referme les deux camps est du PNUE, pas de nous : la communauté internationale peut accélérer si elle le souhaite. Quiconque lit ça et en conclut que rien de ce que fait un individu ne compte a sauté le mot communauté.

QuestionsQuestions fréquentes

De combien faut-il réduire les émissions mondiales ?

Le PNUE chiffre les réductions annuelles nécessaires d'ici 2035, par rapport aux niveaux de 2019 : 35 % pour s'aligner sur la trajectoire 2 °C de l'Accord de Paris, et 55 % pour la trajectoire 1,5 °C. Ce sont des réductions mondiales, tous secteurs confondus, en dix ans.

Où en sont les prévisions de réchauffement ?

À 2,3-2,5 °C si les engagements nationaux sont pleinement mis en œuvre, et à 2,8 °C avec les politiques actuelles. C'est mieux que le rapport de l'an dernier, 2,6-2,8 °C et 3,1 °C, mais le PNUE précise que les mises à jour méthodologiques expliquent 0,1 °C de cette amélioration et que le retrait annoncé des États-Unis de l'Accord de Paris en annulera un autre.

Est-ce que les nouveaux engagements ont changé quelque chose ?

Presque rien, et c'est le PNUE qui l'écrit : « les nouvelles contributions déterminées au niveau national elles-mêmes ont à peine eu d'impact ». C'est la phrase la plus dure du rapport, et elle vise des États, pas des individus.

Alors un geste individuel sert-il à quelque chose ?

La question mérite mieux qu'un oui ou un non. Le PNUE écrit que « chaque fraction de degré évitée signifie moins de pertes pour les populations et les écosystèmes, moins de coûts et moins de dépendance à l'égard de techniques incertaines d'élimination du dioxyde de carbone ». Il n'y a donc pas de seuil en dessous duquel une réduction cesse de compter. Il y a en revanche une échelle : 55 % des émissions mondiales en dix ans ne se règlent pas par la somme des choix personnels.

Est-ce que les moyens techniques existent ?

Oui, et le PNUE est explicite : « les technologies à faibles émissions de carbone nécessaires pour réduire considérablement les émissions sont disponibles », le développement de l'éolien et du solaire est en plein essor et fait baisser les coûts de déploiement. Il en tire une conclusion inhabituelle pour un rapport technique : « la communauté internationale peut accélérer l'action climatique SI ELLE LE SOUHAITE ».

Le seuil de 1,5 °C sera-t-il dépassé ?

Le PNUE écrit qu'un dépassement plus important surviendra très probablement au cours de la prochaine décennie. Il ajoute que ce dépassement doit être limité par des réductions plus rapides, pour garder dans le domaine du possible un retour à 1,5 °C d'ici 2100, tout en précisant que ce serait extrêmement difficile.

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