Les rapports sur les problèmes environnementaux ont une forme standard : voici les dégâts, voici ce que ça coûtera si rien ne change. Le lecteur repart avec une facture.
Le Programme des Nations unies pour l'environnement a modélisé trois avenirs pour les déchets du monde. Le troisième porte un signe différent.
Statu quo : le coût annuel mondial pourrait presque doubler pour atteindre 640,3 milliards de dollars d'ici 2050.
Déchets maîtrisés : prévention et gestion limiteraient les coûts nets annuels à 270,2 milliards d'ici 2050.
Économie circulaire : les projections mènent à un gain net de 108,5 milliards de dollars par an.
Deux coûts et un gain. Il est rare qu'un organisme onusien chiffre le bon scénario plutôt que le mauvais seulement.
Ce dernier chiffre existe en deux versions. Le communiqué du 28 février 2024 dit 108,5 milliards. Une page du PNUE du 28 mars 2024, dans ses éditions française et anglaise, dit 108,1 milliards, et formule le scénario comme « en mettant fin à l'élimination incontrôlée, en réduisant la production de déchets et en augmentant le recyclage ».
Même organisme, un mois d'écart. Nous citons le communiqué parce que c'est là que les trois scénarios figurent ensemble, et nous te disons que l'autre nombre existe.
Deux totauxLe coût qui n'est pas sur la facture
Avant les trois avenirs, le rapport fait quelque chose de plus élémentaire et de plus utile : il compte le présent deux fois.
L'écart entre les deux premiers chiffres, c'est 109 milliards de dollars par an que les déchets coûtent déjà sans figurer sur la facture de qui que ce soit, pollution, problèmes de santé, changement climatique dus aux mauvaises pratiques d'élimination. Quelqu'un les paie. Ce n'est simplement pas celui qui tient la facture.
Cette soustraction est de nous. 361 moins 252 est une arithmétique, pas un chiffre que le PNUE publie tel quel. Les deux nombres sont les siens, pour la même année et dans la même monnaie, mais l'écart entre eux est notre lecture.
Coût, ou gainCe qui change entre le deuxième et le troisième
L'écart entre le deuxième et le troisième scénario n'est pas une question de degré. C'est un changement de sens, et le rapport dit explicitement ce qui le produit.
- Le deuxième scénario gère les déchets. Prévention et gestion, meilleure collecte, meilleur traitement. Le coût est plus que divisé par deux, et il reste un coût.
- Le troisième change ce qui les produit. Les mots du rapport : production de déchets et croissance économique sont découplées, par l'évitement des déchets, des pratiques d'affaires durables et une gestion complète. La dernière des trois est ce que fait déjà le deuxième scénario ; les deux premières sont ce que le troisième ajoute.
La différence entre payer 270 milliards par an et en gagner 108 n'est donc pas un meilleur recyclage. C'est de ne pas produire les déchets, la même conclusion que celle atteinte par les articles sur le plastique et sur le gaspillage alimentaire, chacun par son chemin.
Pas égalementOù la croissance est projetée
Le chiffre mondial, de 2,3 milliards de tonnes en 2023 à 3,8 milliards en 2050, cache où cette hausse est attendue.
Le premier constat annoncé du rapport : la croissance des déchets la plus forte est projetée dans les régions qui dépendent lourdement de la mise en décharge à ciel ouvert et du brûlage, ce qui signifie une hausse rapide de la pollution.
Les endroits où les déchets augmenteront le plus vite sont ceux qui sont le moins équipés pour les traiter, ce qui fait de la croissance et du dommage un seul problème plutôt que deux.
Une note sur l'accèsUn rapport de référence sans français
Cette section ne porte pas sur les déchets. Elle porte sur qui peut lire la source, et elle a sa place dans un article qui demande de faire confiance à des chiffres.
Le communiqué du PNUE présentant ce rapport est publié en anglais, espagnol, portugais et russe. Il n'existe pas de version française, nous l'avons vérifié deux fois, par les liens de langue de la page et par ses balises hreflang.
Les chiffres ci-dessus sont donc rapportés, pas cités : la traduction est la nôtre. Un lecteur francophone qui veut nous vérifier à la source devra la lire dans une autre langue.
Ça mérite d'être dit à voix haute plutôt que caché derrière un guillemet. Un chiffre attribué à une institution dans une langue que cette institution n'a jamais employée est une petite fabrication, même quand le sens survit intact.
QuestionsQuestions fréquentes
Combien coûte la gestion des déchets aujourd'hui ?
Le PNUE estime le coût mondial direct à 252 milliards de dollars en 2020. Mais en intégrant les coûts cachés, pollution, problèmes de santé et changement climatique dus aux mauvaises pratiques d'élimination, le total monte à 361 milliards.
Que coûterait l'inaction d'ici 2050 ?
Sans action urgente, le coût annuel mondial pourrait presque doubler pour atteindre 640,3 milliards de dollars par an d'ici 2050, selon le PNUE.
Et si on maîtrisait les déchets ?
La modélisation du rapport indique que des mesures de prévention et de gestion limiteraient les coûts nets annuels à 270,2 milliards d'ici 2050. C'est moins de la moitié du scénario d'inaction, mais ça reste un coût.
Pourquoi le troisième scénario est-il différent ?
Parce que son signe change. Un modèle d'économie circulaire, où la production de déchets est découplée de la croissance économique, mènerait selon les projections à un gain net de 108,5 milliards de dollars par an. Pas un coût réduit : un gain.
De combien les déchets vont-ils augmenter ?
La production de déchets municipaux solides passerait de 2,3 milliards de tonnes en 2023 à 3,8 milliards en 2050. Et la croissance la plus forte est projetée « dans les régions qui dépendent lourdement de la mise en décharge à ciel ouvert et du brûlage ».
Ce rapport existe-t-il en français ?
Non. Le communiqué du PNUE qui le présente est publié en anglais, espagnol, portugais et russe. Nous l'avons vérifié deux fois. Les chiffres de cet article sont donc rapportés en français, pas cités : la traduction est la nôtre.
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Sources
- Communiqué du PNUE présentant le Global Waste Management Outlook 2024, 28 février 2024 (publié en anglais, espagnol, portugais et russe, pas en français)
- Huit façons de surmonter la crise de la pollution par les déchets, PNUE, 28 mars 2024
À propos de cet article. Information générale et éducative. Les chiffres viennent du communiqué du Programme des Nations unies pour l'environnement du 28 février 2024, présentant le Global Waste Management Outlook 2024 publié avec l'ISWA. Ce communiqué n'existe pas en français : la traduction des chiffres est la nôtre, ce que l'article signale à l'endroit où il l'explique. Les montants de 2050 sont des projections issues d'une modélisation, pas des mesures. L'écart de 109 milliards entre coût direct et coût total est notre soustraction, et l'article le dit.
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