Presque tout ce qui s'écrit sur les déchets suppose un système : tu tries, un camion passe, une installation reçoit. Les conseils, la culpabilité et les disputes reposent tous sur ce présupposé.
Deux chiffres du Programme des Nations unies pour l'environnement le retirent.
« À l'échelle mondiale, environ 25 % des déchets ne sont pas collectés, tandis que 39 % ne sont pas gérés dans des installations contrôlées. »
Le premier quart ne rencontre jamais de camion. Une bonne part du reste en rencontre un et finit quand même dans une décharge à ciel ouvert ou dans un feu.
Trier est une bonne habitude à l'intérieur d'un système. C'est le système qui manque.
La chaîneCe qui manque n'est pas l'habitude
Il vaut la peine d'être précis sur ce que décrit chacun des deux chiffres, parce que ce sont des défaillances différentes.
- 25 % ne sont jamais collectés. Pas de bac, pas de tournée, pas de camion. Ce qui est jeté reste là où on l'a jeté, ou brûle sur place.
- 39 % ne sont pas gérés dans des installations contrôlées. C'est la défaillance la plus discrète : le déchet a bien été ramassé, et la chaîne finit quand même dans une décharge à ciel ouvert.
Nous n'additionnons pas les deux. Le PNUE ne les présente pas comme une somme et nous ignorons si les catégories se recoupent. Ce que les deux chiffres soutiennent ensemble est plus étroit et reste décisif : arriver dans une installation contrôlée n'est pas le sort normal des déchets du monde.
Ce qui recadre tout le sujet du tri individuel. C'est une habitude réelle et utile là où une chaîne existe pour la recevoir. Là où il n'y en a pas, aucun tri n'en fabrique une, et les régions que le même rapport projette comme les plus en croissance sont précisément celles qui dépendent des décharges à ciel ouvert et du brûlage.
Les bâtimentsLes déchets que personne n'imagine
Demande à quelqu'un d'imaginer un déchet et il voit un sac-poubelle. Les plus gros flux n'y tiennent pas.
Le PNUE pose le chiffre du bâtiment à côté d'une projection : d'ici 2050, 68 % de la population mondiale devrait vivre en ville. La construction et la démolition « génèrent d'importantes quantités de déchets et représentent 37 % des émissions de gaz à effet de serre », l'urbanisation qui produira plus de déchets ménagers produit donc aussi le flux qui les écrase.
Et en amont de tout ça, une ligne qui met l'échelle en place : l'utilisation des matières premières « a plus que triplé au cours des 50 dernières années ».
Les déchets dangereuxLa part qui quitte le pays
C'est le paragraphe de la page du PNUE écrit avec le moins de diplomatie, et il mérite d'être cité plutôt que résumé.
Les appareils électroniques peuvent contenir du mercure, les cosmétiques du plomb, les produits de nettoyage souvent des polluants organiques persistants. Tout ça exige un traitement spécialisé, et, écrit le PNUE, « certains gouvernements ne respectent pas les normes fixées par les conventions de Bâle, Rotterdam et Stockholm. Les produits chimiques et les déchets dangereux traversent les frontières sans autorisation, voire illégalement ».
Il nomme aussi ce qu'un citoyen peut y faire, et c'est inhabituellement concret : s'informer sur les substances restreintes ou interdites par ces conventions, et exiger que les gouvernements et les industries les retirent.
La responsabilité élargie des producteursLe mécanisme qui remonte en amont
Trois articles de cette carte ont convergé vers la même conclusion, ce qui décide la quantité de déchets se joue avant que quiconque jette quoi que ce soit. Le PNUE nomme l'outil de politique qui agit là.
Les gouvernements peuvent mettre en œuvre la responsabilité élargie des producteurs, une politique qui, dans les mots du PNUE, « peut garantir que les producteurs de biens matériels sont responsables de la gestion et du traitement des déchets ».
L'effet qu'il décrit : maintenir les matières premières et les biens dans le cycle économique, et pousser à l'éco-conceptiondes produits durables, réparables et recyclables, selon des normes nationales.
C'est la seule mesure de la liste qui change l'objet plutôt que sa destination.
Ce qui referme cette carte là où les deux autres ont fini. Un quart des déchets du monde ne rencontre jamais de camion, donc la solution ne peut pas être un meilleur bac. L'argent dit la même chose, et le carbone aussi : la décision qui compte se prend là où l'objet est conçu, et la poubelle n'est que l'endroit où ça devient visible.
QuestionsQuestions fréquentes
Quelle part des déchets n'est pas collectée ?
Environ 25 % à l'échelle mondiale, selon le PNUE. Et 39 % ne sont pas gérés dans des installations contrôléesc'est-à-dire qu'ils sont collectés, mais aboutissent dans une décharge à ciel ouvert ou sont brûlés.
Les deux chiffres se cumulent-ils ?
Le PNUE ne le dit pas explicitement et nous ne le calculons pas. Ce qu'on peut lire sans risque, c'est que la part des déchets du monde qui atteint une installation contrôlée est une minorité : un quart n'est pas ramassé, et parmi le reste, une large part n'arrive nulle part de contrôlé.
Pourquoi ça change la conversation sur le recyclage ?
Parce que trier suppose une chaîne : un bac, un camion, un centre. Là où la chaîne n'existe pas, le geste de tri n'a rien à quoi se rattacher. Le problème n'est pas le comportement des gens, c'est l'absence d'infrastructure.
Que devient le bâtiment dans tout ça ?
C'est le gisement dont on parle le moins. La construction et la démolition « génèrent d'importantes quantités de déchets et représentent 37 % des émissions de gaz à effet de serre », écrit le PNUE, et d'ici 2050, 68 % de la population mondiale devrait vivre en ville.
Qu'est-ce que la responsabilité élargie des producteurs ?
Une politique qui, selon le PNUE, « peut garantir que les producteurs de biens matériels sont responsables de la gestion et du traitement des déchets ». Autrement dit : celui qui conçoit l'objet paie ce qu'il devient. C'est le mécanisme qui relie la conception à la poubelle.
Les déchets dangereux traversent-ils les frontières ?
Oui, et le PNUE l'écrit sans détour : « les produits chimiques et les déchets dangereux traversent les frontières sans autorisation, voire illégalement ». Il ajoute que certains gouvernements ne respectent pas les normes des conventions de Bâle, Rotterdam et Stockholm.
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Sources
- Huit façons de surmonter la crise de la pollution par les déchets, PNUE, 28 mars 2024
- Communiqué du PNUE sur le Global Waste Management Outlook 2024, 28 février 2024 (pas de version française)
À propos de cet article. Information générale et éducative. Les chiffres et citations viennent d'une page du Programme des Nations unies pour l'environnement du 28 mars 2024, consultée dans ses deux versions officielles. Les 25 % et les 39 % ne sont pas additionnés : le PNUE ne les présente pas comme une somme et nous ignorons si les catégories se recoupent. Le chiffre de 37 % porte sur les émissions de la construction et de la démolition, pas sur leur part des déchets.
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