Nous avons écrit récemment que le plastique pèse 3,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre qui surprend, parce qu'on classe le plastique avec les déchets plutôt qu'avec le climat.

La nourriture que personne ne mange en vaut deux à trois fois plus.

L'essentiel

« Environ 8 à 10 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète proviennent de la production d'aliments qui sont finalement gaspillés. »

Et « environ 19 % de la nourriture disponible pour les consommateurs est gaspillée chaque année, alors que 783 millions de personnes souffrent de la faim ».

Les émissions ne viennent pas de ce qui pourrit. Elles viennent du fait d'avoir cultivé, transporté et réfrigéré une nourriture que personne n'a mangée.

Où est passé le carboneLes émissions ont lieu avant la poubelle

La formulation de la phrase du PNUE travaille précisément, et c'est ce qui change le sens du chiffre.

« De la production »

Pas de la décomposition. De la production.

Labourer, irriguer, fertiliser, nourrir des animaux, réfrigérer, transporter, emballer, tout ça a lieu avant que quiconque décide de manger l'aliment ou non.

Ce qui veut dire que les émissions sont déjà dépensées au moment du choix. Jeter l'aliment ne les ajoute pas. Ça les gaspille.

C'est la même structure que le plastique, atteinte par l'autre bout du magasin : le coût environnemental d'un objet est en grande partie réglé avant qu'il n'arrive chez quelqu'un, et ce qui se passe dans la poubelle ne peut pas le défaire.

Une prudence nécessaireDeux faits qui ne font pas un argument

Le PNUE met deux chiffres dans la même phrase, et cette phrase se transforme régulièrement en quelque chose qu'elle ne dit pas.

Ce que la phrase dit : 19 % de la nourriture disponible pour les consommateurs est gaspillée, alors que 783 millions de personnes souffrent de la faim.

Ce qu'elle ne dit pas : qu'arrêter le gaspillage mettrait fin à la faim. Aucune source normative ne l'écrit, parce que la faim tient à l'accès et au revenu, pas seulement à la quantité disponible, la nourriture peut être abondante dans un pays et hors de portée pour les gens qui y vivent.

Les deux faits tiennent debout séparément, et chacun suffit. Gaspiller un cinquième de la nourriture qui arrive aux consommateurs est un problème climatique que quelqu'un ait faim ou non ; la faim est un problème que quelque chose soit gaspillé ou non.

Encore une chose sur ces 783 millions. C'est ce que le PNUE a écrit en mars 2024, à partir du chiffre de la FAO disponible alors. Le décompte plus récent de la FAO est de 645 millions pour 2025, la faim recule depuis trois années consécutives. Nous citons la phrase du PNUE telle qu'il l'a écrite, et nous disons franchement qu'un chiffre plus récent existe, parce que tu trouverais autrement les deux sur ce même site sans moyen de savoir lequel vaut.

Le tas completOù se trouvent vraiment les déchets

La nourriture est l'une des quatre catégories que le PNUE nomme dans la même phrase. Les trois autres méritent d'être posées à côté.

2,1-2,3 mds t
de déchets municipaux solides produits par l'humanité chaque année.
PNUE, 28 mars 2024
19 %
de la nourriture disponible pour les consommateurs est gaspillée chaque année.
PNUE, 28 mars 2024
< 1 %
des matériaux utilisés pour produire des vêtements sont recyclés en nouveaux articles.
PNUE, 28 mars 2024

Le dernier mérite un second regard. Moins de un pour cent des matériaux à vêtements redevient un vêtement : « ce qui représente une perte annuelle de plus de 100 milliards de dollars en valeur matérielle ». Mis à côté du fait qu'environ 60 % des matières à vêtements sont du plastique, ça dit une chose simple : presque rien ne revient.

Les deux côtés nommésCe que le PNUE nomme, des deux côtés

La liste mérite d'être lue en entier à cause de sa forme : elle ne met pas la charge d'un seul côté.

  • Les municipalités peuvent promouvoir l'agriculture urbaine, utiliser les déchets alimentaires pour l'agriculture et l'entretien des espaces verts, financer des programmes de compostage, séparer les déchets alimentaires à la source et bannir la nourriture des décharges.
  • Les consommateurs peuvent acheter uniquement ce dont ils ont besoin, adopter les fruits et légumes moins attrayants mais parfaitement comestibles, stocker plus judicieusement, utiliser les restes, composter, et donner avant que ça ne se détériore.

Remarque laquelle des deux listes contient le mot bannir. Les habitudes individuelles figurent dans le texte du PNUE, et la réglementation aussi, et la recommandation de tenir la nourriture hors des décharges s'adresse aux autorités, pas aux ménages.

QuestionsQuestions fréquentes

Quelle part des émissions mondiales vient du gaspillage alimentaire ?

Environ 8 à 10 %, selon le PNUE : « environ 8 à 10 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète proviennent de la production d'aliments qui sont finalement gaspillés ». Ce n'est pas la décomposition des déchets qui est comptée ici, c'est la production.

Combien de nourriture est gaspillée ?

Le PNUE écrit qu'« environ 19 % de la nourriture disponible pour les consommateurs est gaspillée chaque année ». Le chiffre porte sur ce qui arrive jusqu'au consommateur, pas sur les pertes agricoles en amont, qui se comptent séparément.

Si on arrêtait de gaspiller, la faim disparaîtrait-elle ?

Non, et aucune source normative ne l'écrit. Le PNUE place les deux faits côte à côte, 19 % gaspillé, 783 millions de personnes qui ont faim, sans affirmer que le premier explique le second. La faim tient à l'accès et au revenu autant qu'à la quantité disponible.

Pourquoi jeter de la nourriture émet-il autant ?

Parce que les émissions ont déjà eu lieu. Labourer, irriguer, fertiliser, nourrir des animaux, réfrigérer, transporter : tout ça est dépensé avant que l'aliment n'arrive quelque part. Le jeter n'annule rien, ça rend simplement la dépense inutile.

Combien de déchets municipaux le monde produit-il ?

« L'humanité produit entre 2,1 et 2,3 milliards de tonnes de déchets municipaux solides par an », écrit le PNUE. La nourriture en est l'une des quatre grandes catégories, avec le plastique, l'électronique et le textile.

Quels gestes le PNUE cite-t-il ?

Pour les municipalités : financer le compostage, séparer les déchets alimentaires à la source, bannir la nourriture des décharges. Pour les consommateurs : acheter uniquement le nécessaire, accepter les fruits et légumes moins beaux, mieux stocker, utiliser les restes, composter, et donner avant que ça ne s'abîme.

À lire ensuiteArticles reliés